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La formation professionnelle et la valorisation des acquis de l’expérience : piliers d’un développement durable et pérenn

Updated: Apr 28

 Dans un contexte mondial marqué par des mutations rapides, la montée du chômage, les déséquilibres économiques et l’accélération des innovations technologiques, la formation professionnelle et technique apparaît plus que jamais comme un levier stratégique de développement. Toutefois, au-delà des dispositifs formels de formation, il est indispensable de reconnaître et de valoriser les acquis de l’expérience (VAE), c’est-à-dire les compétences pratiques, empiriques et informelles que des millions d’individus acquièrent au fil de leurs parcours personnels et professionnels.

Pour des pays comme Haïti — où l’accès à l’enseignement supérieur demeure limité, où l’économie informelle représente plus de 70 % des activités productives, et où de nombreux jeunes se retrouvent sans orientation après les études classiques — la combinaison entre formation professionnelle et validation des acquis de l’expérience constitue une voie privilégiée vers un développement durable, inclusif et équitable.

 

• Former pour produire : dépasser le mythe du diplôme universitaire

L’appareil éducatif haïtien reste fortement influencé par une vision académique élitiste, qui érige le diplôme universitaire en unique symbole de réussite sociale. Pourtant, une large proportion de jeunes n’atteint jamais ce niveau d’études, tandis qu’une autre partie en sort sans compétences réellement adaptées aux besoins du marché du travail.

 

La formation professionnelle, lorsqu’elle est conçue de manière rigoureuse et arrimée aux réalités économiques, permet de répondre à des besoins concrets. Elle prépare les apprenants à des métiers essentiels tels que :

• la construction et les travaux publics,

• l’agriculture et l’agrotransformation,

• les énergies renouvelables,

• la mécanique automobile et industrielle,

• la couture et les métiers du textile,

• les technologies de l'information,

• le tourisme et l’hôtellerie,

• l’artisanat et les industries créatives.

Ces filières favorisent l’employabilité, l’autonomie économique et l’entrepreneuriat local. Toutefois, la formation professionnelle souffre encore d’une image négative, perçue comme une alternative de « seconde zone ». Il devient donc urgent de transformer cette perception et de reconnaître sa contribution structurante au développement national.

 

• Reconnaître l’expérience : une richesse longtemps sous-estimée

En Haïti, des milliers de travailleurs — électriciens, maçons, agriculteurs, cuisiniers, techniciens de l’audiovisuel, mécaniciens, menuisiers, artisans du bois ou du métal — maîtrisent des savoir-faire issus de l’expérience, sans jamais avoir fréquenté un centre de formation technique. Leur contribution est pourtant fondamentale : ils soutiennent l’économie locale, répondent à des besoins réels et perpétuent des traditions professionnelles. Ignorer ces compétences revient à :

• marginaliser une grande partie de la population active ;

• freiner leur mobilité professionnelle et leur accès au crédit ;

• limiter la compétitivité du secteur informel, pourtant vital ;

• gaspiller un potentiel humain considérable.

 

La Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) constitue alors un outil déterminant. Il permet à tout individu d’obtenir une certification officielle fondée sur ce qu’il sait déjà faire, indépendamment de son parcours scolaire. Ce dispositif renforce l’inclusion sociale, légitime l’expérience professionnelle et ouvre la voie à la mobilité, à de meilleures conditions d’emploi ou à la création d’entreprise.

 

• Un levier de développement durable : investir dans le concret

Le développement durable ne peut être envisagé sans une population formée, productive et intégrée dans les circuits économiques. Les diplômes théoriques seuls ne bâtissent pas un pays ; ce sont les compétences, l’innovation, la capacité à produire, réparer, transformer et transmettre qui constituent les fondations d’un développement pérenne.

La formation professionnelle et la VAE :

• réduisent le chômage et les inégalités, en offrant des voies alternatives de qualification ;

• freinent l’exode rural, en développant des compétences adaptées aux besoins des territoires ;

• accélèrent la formalisation de l’économie, en donnant une reconnaissance légale aux travailleurs informels ;

• favorisent l’inclusion intergénérationnelle, en valorisant les savoirs traditionnels ;

• renforcent la résilience nationale, en diversifiant la main-d’œuvre qualifiée.

 

• Pour une stratégie nationale : bâtir un avenir sur le réel

Pour que la formation professionnelle et la VAE deviennent des piliers du développement durable, plusieurs actions structurantes peuvent être envisagées :

1. Refonder la perception sociale de la formation professionnelle, en la présentant comme une voie d’excellence et non comme une solution de repli.

2. Élaborer un système national de certification des acquis de l’expérience, accessible, transparent et reconnu par l’État, les entreprises et les institutions internationales.

3. Renforcer les centres de formation technique, en améliorant leur équipement, leur gouvernance et leur alignement avec les besoins du marché.

4. Intégrer les secteurs informels, notamment l’artisanat, l’agriculture, les services et la construction, dans les politiques publiques de formation.

5. Promouvoir l’égalité de genre, en encourageant les femmes à intégrer les filières techniques, souvent perçues comme masculines.

6. Développer des partenariats public-privé, afin d’assurer l'adéquation formation–emploi et d’encourager l’innovation locale.

 

En sommes, Haïti, comme de nombreux pays du Sud, ne manque ni de potentiel humain ni d’intelligence pratique. Ce qui fait défaut, c’est une volonté politique forte de dépasser un modèle scolaire dépassé et de valoriser les forces vives du pays : ses travailleurs, ses artisans, ses techniciens, ses agriculteurs, ses créateurs et ses entrepreneurs.

La formation professionnelle et technique, accompagnée d’une politique nationale ambitieuse de reconnaissance des acquis de l’expérience, constitue une pierre angulaire du développement durable. Elle répond à l’urgence sociale, tout en jetant les bases d’une nation plus forte, plus autonome et profondément résiliente.

 

Fait à Port-au-Prince, le 01/ 05/ 2025

 
 
 

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